Le projet de loi qui met les vétérinaires en colère
20 octobre 2013.
Un projet de loi prévoit d'interdire la vente de certains antibiotiques de dernière génération par les vétérinaires. La délivrance de ces produits serait confiée aux pharmaciens. Un propriétaire, ou un éleveur, auquel un vétérinaire prescrirait pour son animal un antibiotique de cette catégorie, devrait donc aller l'acheter en pharmacie.
Ce projet de loi (nommée "loi d'avenir" agricole) a fait bondir les vétérinaires et leurs représentants de l'Ordre et du syndicat professionnel, le SNVEL.
Car cette loi a été préparée "en catimini" et en dehors de toute concertation avec les vétérinaires, c'est un "deni de confiance ", comme le dit Pierre Buisson, président du SNVEL.
Pourtant, depuis bientôt 14 ans, un travail de fond a été mis en place pour dresser un constat puis maîtriser l'utilisation des antibiotiques dans le secteur vétérinaire. Le but de ce travail est d'évaluer les risques qui sont liés à l'apparition de résistance de certains germes (antibiorésistance) et de rationaliser et réduire autant que possible l'utilisation des antibiotiques. L'ANSES (Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail) réalise un suivi annuel des ventes, l'agence européenne des médicaments a mis en place une coordination des efforts des pays de l'union européenne, le Syndicat de l'Industrie du Médicament Vétérinaire et réactif (SIMV) participe à cette réflexion en collaboration avec la profession vétérinaire.
Un plan national de réduction des risques d'antibiorésistance en médecine vétérinaire, Ecoantibio 2017, a été élaboré, piloté par le ministère de l'Agriculture. Les premiers résultats apparaissent probants, avec le pourcentage de diminution de consommation prévu.
Les publication scientifiques récentes montrent que ce n'est pas l'utilisation en médecine vétérinaire qui favorise l'apparition de résistances aux antibiotiques.
(Les campagnes d'informations répètent aux patients des généralistes "les antibiotiques c'est pas automatique", mais combien de prescriptions inutiles en médecine humaine et de mise aux ordures de ces anti infectieux non utilisés ?).
Les vétérinaires s'inquiètent pour l'avenir de leur liberté de prescription, qui est attaquée par ce projet de loi, alors qu'ils montrent depuis plusieurs années qu'ils sont largement conscients de l'importance de l'enjeu de la maîtrise des prescriptions pour la santé humaine. L'exposition aux antibiotiques, toutes espéces animales confondues, a diminué de 6,1 % entre 2011 et 2012. Depuis 2007 on observe une baisse continue (source ANSES). Les éleveurs sont conviés à des réunions avec les vétérinaires afin de faire circuler l'information sur les soutions alternatives et le bon usage des antibiotiques.
L'avant projet de loi prévoit la réalisation d'une liste d'antibiotiques critiques que les pharmaciens vendraient (et qui seraient interdits à la vente pour les vétérinaires) : qui établirait cette liste ? Sur quels critères ? Où s'arrêter ?
Cette loi est perçue comme la porte ouverte à une interdiction totale de délivrance des médicaments par les vétérinaires, vente qui deviendrait l'apanage des pharmaciens, dont l'influence est bien plus puissante que celle des vétérinaires.
Ceux-ci sont-ils plus compétents que les vétérinaires pour déliver ces produits ? Sont-ils formés pour donner les conseils ? Déconditionneront-ils les comprimés en canine comme les vétérinaires le font au quotidien ?
Et que devient la vente via internet, qui reste absente de cette loi, et dont nul ne sait quelle quantité d'antibiotiques elle fait circuler ?
En l'absence du revenu résultant de la vente des médicaments, le tarif des actes des vétérinaires devrait augmenter pour assurer la survie des structures. Pour le moment, en France il n'y a pas de "désert de soins" pour les animaux, mais la mise en place d'une telle loi peut mettre à mail le maillage des cabinets existants, surtout en rurale. S'il n'y a plus assez de vétérinaires pour assurer le suivi sanitaire des élevage, la sécurité alimentaire dont nous bénéficions en France n'existera plus. Elle est pourtant parmi les meilleures au monde.
Un appel à à la grève dans les cliniques et la mobilisation pour une manifestation à Paris est lancé pour le 6 novembre prochain :
Message de Pierre Buisson, Président du SNVEL :
Le SNVEL invite tous les vétérinaires concernés par le projet de loi d'avenir à se mobiliser le 6 novembre prochain pour une "journée sans vétérinaires".
Au cours de cette journée, nous proposons :
- que seul l'accueil des urgences soit assuré dans vos structures,
- de choisir au niveau local les meilleurs solutions d'organisation de ces urgences, permettant ainsi de libérer le plus grand nombre de vétérinaires pour rejoindre Paris en fin de matinée et manifester notre mécontentement devant le ministère de la santé,
- que toutes les réunions et vacations concernant les vétérinaires libéraux ce jour-là soient suspendues (prélèvements en équarrissage, inspection des viandes,...).
Le SNVEL assurera la médiatisation et la coordination de cette journée, dont le succès ne peut passer que par la présence du plus grand nombre.
Nous comptons sur vous pour relayer cette action auprès de vos clients et des médias locaux.
D'autres éléments et outils pratiques vous seront communiqués rapidement.
Merci de diffuser cette information auprès de tous les vétérinaires.
Exercez votre droit de véto.
24/10/2013 Blog de Fourrure : Le 6 novembre : des vétos en grève ? Qui manifestent ?
24/10/2013 La Dépêche Vétérinaire : Découplage : participez à la Journée sans vétérinaires du 6 novembre !
10/10/2013 Information spéciale de Pierre Buisson, Président du SNVEL : Découplage, ils veulent le faire : mobilisez-vous ! 
23/10/2013 La France Agricole : Le couplage de la prescription et de la délivrance à nouveau remis en question.
04/04/2013 ANSES (Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail) : Suivi des ventes d'antibiotiques vétérinaires
