La dirofilariose cardio-pulmonaire, qu'est-ce que c'est ?
La dirofilariose cardiopulmonaire (vers du coeur) est une infection parasitaire causée par un filaire (un ver très fin) nommé Dirofilaria immitis. Les vers adultes, dont les femelles peuvent mesurer jusqu'à 30 cm de long, vivent dans les artères pulmonaires et le coeur droit des animaux contaminés.
Les hôtes définitifs principaux sont les chiens et la faune sauvage (dont principalement le renard). Les chats et les furets sont plus rarement contaminés.
Le parasite est transmis par piqûre de moustique. Le moustique vecteur transmet le parasite sous forme larvaire à l'occasion d'une piqûre. Les larves gagnent l'artère pulmonaire via le système sanguin et s'y transforment en adultes, se logeant principalement dans les artères pulmonaires et le coeur droit.
Au cours de leur vie, les filaires femelles adultes libèrent de nouvelles larves, appelées microfilaires, qui circulent dans le sang de l'hôte. Elles peuvent être alors ingérées par un nouveau moustique à l'occasion d'un repas sanguin, et contaminer celui-ci.

Le développement du cycle de la filaire chez le moustique est dépendant de la température. La transmission est possible lorsque la température se maintient au-delà de 14∘C pendant une période d'une vingtaine de jours à un mois, période nécessaire pour que le cycle du filaire s'accomplisse.
Est-ce une maladie grave ?
Oui ! Chez le chien, la maladie est la plupart du temps à l'origine de signes cliniques graves. La présence des parasites dans les artères pulmonaires et dans le coeur droit, se traduit par de la faiblesse, des difficultés respiratoires, une toux chronique, une insuffisance cardiaque droite pouvant entraîner la mort.
Chez le chat, la maladie est plus rare, souvent asymptomatique, mais elle peut aussi se traduire par une atteinte pulmonaire, avec des signes respiratoires et des signes digestifs associés. Des cas de mort subite, sans signes cliniques préalables, peuvent survenir.
Est-elle transmissible à l'Homme ?
Oui ! Par piqûre de moustique bien sûr, pas directement à partir d'un chien ou d'un chat contaminé. Le parasite peut être à l'origine de granulomes inflammatoires, en général localisés aux poumons. Ces lésions sont le plus souvent sans conséquence, mais peuvent être confondues lors d'un examen par imagerie (radio, scanner) avec des lésions tumorales, ce qui complique le travail des médecins.
Quelles sont les régions concernées ?
Dirofilaria immitis est présent dans la plupart des régions tropicales et tempérées. En Europe, le parasite est répandu dans de nombreux pays du sud et du sud-est.

Carte indicative de la répartition de D. immitis en Europe (ESCCAP France).
En ce qui concerne la France métropolitaine, ce sont les régions du sud et la vallée du Rhône qui sont le plus concernées, dont tout particulièrement la Corse. Des foyers y ont été identifiés.
Mais, attention, il n'est pas possible d'établir une cartographie bien délimitée. En effet, la transmission est directement dépendante des moustiques vecteurs. Or, à cause du réchauffement climatique, ceux-ci peuvent conquérir des zones plus au nord. C'est le cas tout particulièrement du moustique tigre, qui a maintenant conquis pratiquement l'ensemble du territoire français. Il faut donc s'attendre à l'apparition de nouveaux foyers dans les zones propices à la reproduction des moustiques : zones humides tempérées.

Carte de présence des moustiques vecteurs Aedes albopictus (https://sante.gouv.fr), maj 16/05/2025
En ce qui concerne l'Outre-mer, toutes les régions tropicales (Nouvelle-Calédonie, Guyane, Antilles) sont fortement touchées, avec une prévalence moyenne de 30%.
Comment protéger les chiens et les chats contre la dirofilariose ?
En théorie, la prévention contre la maladie repose sur deux composantes :
- La lutte contre les piqûres de moustiques, en utilisant des insecticides et/ou des répulsifs. Les produits les plus efficaces sont les perméthrines, en spray, en collier, en shampooing. Mais, d'une part, même bien utilisés chez le chien, ils ne suffisent pas à faire une bonne prévention de la dirofilariose, et d'autre part, ils sont toxiques pour le chat : les perméthrines ne doivent jamais être utilisées dans cette espèce.
- La prévention de la dirofilariose repose donc principalement sur l'utilisation de médicaments tuant les parasites une fois qu'ils ont contaminé l'hôte. Pour cela, le vétérinaire peut prescrire des lactones macrocycliques par voie orale ou en spot-on (à faire tous les mois) ou en injectable (efficacité 6 mois, chiens uniquement).
Chiens et chats vivant en zone d'endémie
Les chiens et les chats vivant dans les zones où le parasite est fréquent, allant se promener à proximité des zones humides et exposés aux piqûres de moustiques vecteurs doivent recevoir un traitement préventif pendant toute la période d'activité des insectes. Le traitement doit commencer un mois après la reprise d'activité des moustiques, et se terminer un mois après leur cessation d'activité. Si les moustiques sont actifs toute l'année, le traitement ne sera pas interrompu.
En zone d'enzootie, suivant les recommandations ESCCAP, le traitement doit être mis en place dès que possible après la naissance, en respectant les indications du médicament prescrit.
Chiens et chats se déplaçant en zone d'endémie
Le traitement préventif doit commencer un mois après l'arrivée dans la zone d'endémie et se terminer un mois après l'exposition au risque.
- Ainsi, si l'animal fait un court séjour dans une zone à risque (moins d'un mois), on le traitera à son retour.
- Si l'animal passe plus d'un mois sur place, on commencera le traitement 1 mois après l'arrivée, on le renouvellera tous les mois (comprimés, spot-on), et on traitera une dernière fois à son retour.
Voir ci-dessous un résumé du protocole généré par Claude AI.
À vous de jouer !
Si vous exercez dans une région où le parasite est très présent, nul doute que des mesures de prophylaxie sont régulièrement mises en place par le vétérinaire pour les animaux les plus exposés. Pensez à rappeler régulièrement aux propriétaires l'importance du respect des traitements pour la santé de leur animal.
Quelle que soit la région où vous travaillez, les contacts quotidiens que vous avez avec les propriétaires peuvent vous permettre d'identifier les personnes susceptibles de voyager avec leur animal vers des zones à risque. À vous d'avertir les propriétaires qui n'auraient pas pensé à en parler avec le vétérinaire sur les risques encourus et la nécessité de mettre en place un plan de prévention sur prescription vétérinaire.
Sources
- BEUGNET F., MIRO G., HALOS l., GUILLOT J., Abrégé de parasitologie clinique du chien et du chat, 2017, 126-136
- DAVOUST B., Les dirofilarioses du chien (épidémiologie et diagnostic de laboratoire) : étude de foyers en France, ESCCAP France, AFVAC le Congrès Marseille 2025.
- DAVOUST B., GUILLOT J., LAIDOUDI Y., RICO CASTILLO V., Les dirofilarioses : quel risque pour les carnivores domestiques et pour l’Homme ? Table ronde, ESCCAP France, AFVAC le Congrès Marseille 2025.
- ESCCAP, Traitement et prévention des nématodoses et cestodoses du chien et du chat, Guide de recommandations 1, 2025.
- ESCCAP, La dirofilariose cardiopulmonaire ou "maladie du ver du cœur", consulté le 10/12/2025.
- GROSBOIS A.C., Dirofilarioses canines à Dirofilaria immitis et Dirofilaria repens chez le chien de travail militaire français : enquête de prévalence (2021- 2022) et analyse du risque d’introduction de l’agent pathogène en France métropolitaine lors de retours de missions à l’étranger, 2ème année Master : santé Université Paris-Est Créteil, 2023.