La borréliose de Lyme chez le chien, le chat et l'homme : le problème du diagnostic
Durant le Congrès AFVAC 2024 à Lyon, ESCCAP France a organisé un module interdisciplinaire réunissant des experts en santé humaine et vétérinaire autour de la borréliose de Lyme (disponible en replay). Cette pathologie suscite un intérêt particulier pour deux raisons majeures : ses manifestations cliniques non pathognomoniques, pouvant être confondues avec diverses affections, et la complexité inhérente à l'établissement d'un diagnostic définitif.
Voici quelques informations essentielles pour répondre aux interrogations des propriétaires de chiens et de chats.
Borréliose de Lyme ou maladie de Lyme ?
Le terme maladie de Lyme désigne principalement l’ensemble des signes cliniques observés après infection par Borrelia chez un humain, tandis que borréliose de Lyme insiste sur l'infection bactérienne elle-même, qu’elle soit symptomatique ou non. C'est pourquoi l’expression « borréliose de Lyme » est privilégiée dans les textes scientifiques.
La borréliose de Lyme est une infection transmise par les tiques. La bactérie responsable, appelée Borrelia, peut infecter de nombreux animaux dont les chiens et les humains. Cette maladie est présente dans tout l'hémisphère nord, particulièrement en Europe.
En France, environ 50 000 personnes sont infectées chaque année. Les chiens, souvent exposés aux tiques, peuvent aussi attraper la maladie, même si leurs symptômes diffèrent de ceux des humains.
Ce qu'il faut savoir sur la borréliose de Lyme
La borréliose de Lyme est causée par des bactéries du groupe Borrelia burgdorferi. En Europe, plusieurs types de Borrelia circulent, contrairement à l'Amérique du Nord où une seule espèce prédomine.
La transmission se fait par la piqûre de tiques infectées. Pour transmettre la bactérie, la tique doit rester fixée au moins 16 à 24 heures. Un retrait rapide de la tique réduit donc le risque d'infection.

Une fois dans la peau, les bactéries peuvent y rester plusieurs jours avant de se propager dans le corps. Les chiens et chats infectés ne contaminent pas d'autres tiques et ne représentent pas un risque direct pour les humains. En revanche, ils servent d'indicateurs : leur infection signale la présence de tiques porteuses dans la région.
La borréliose de Lyme est présente dans les zones tempérées d'Europe, d'Amérique du Nord et d'Asie. En France, les régions boisées et humides du centre, du nord-est et du Massif Central sont particulièrement touchées.
La borréliose de Lyme chez le chien
Beaucoup de chiens contaminés développent des anticorps sans jamais présenter de symptômes. Les chiens développent rarement une borréliose clinique après morsure de tiques (moins de 5 %) : toute exposition ne mène pas forcément à une maladie clinique.
Si la grande majorité des chiens infectés ne présentent aucun symptôme, ceux qui développent la maladie le font généralement quelques semaines à quelques mois après la piqûre.
Signes courants
Le signe le plus typique est une boiterie liée à une inflammation d'une, et plus rarement de plusieurs articulations (arthrite). Cette boiterie s'accompagne parfois de :
- Fièvre
- Fatigue
- Gonflement des ganglions lymphatiques
- Douleur quand on touche les articulations
Contrairement à l'homme, le chien ne développe pas de rougeur circulaire sur la peau (érythème migrant), ce qui rend le diagnostic précoce plus difficile.
Complications possibles
Sans que cela soit démontré, la maladie pourrait causer exceptionnellement une atteinte rénale ou neurologique, mais il est difficile d'établir un lien direct avec Borrelia. D'une part, parce que les tiques peuvent transmettre plusieurs maladies à la fois, et qu'un chien peut être infecté simultanément par Borrelia et d'autres agents pathogènes comme Anaplasma, qui provoque des symptômes similaires. D'autre part, parce que bien d'autres maladies peuvent se développer parrallèlement à la séropositivité à Borrelia, sans lien direct ou indirect.
Diagnostic
Il n'existe pas de signe unique qui confirme à lui seul la borréliose de Lyme chez le chien. C'est l'association d'une exposition connue aux tiques, de symptômes évocateurs et l'exclusion d'autres causes possibles qui permet de suspecter la maladie. Cette suspicion doit ensuite être confirmée par des analyses de laboratoire.
La borréliose de Lyme chez le chat
Les chats peuvent être contaminés également par morsure de tique, mais aucun développement d'une borréliose de Lyme dans cette espèce n'a jamais été observée.
La borréliose de Lyme chez l'homme
Chez l'Homme, le risque de développer la maladie est estimé entre 1 % et 5 % des personnes piquées par une tique porteuse de Borrelia burgdorferi.
Lorsqu'elle s'exprime, la borréliose de Lyme évolue en plusieurs phases si elle n'est pas traitée rapidement.
Phase précoce (quelques jours à semaines après la piqûre)
Le signe le plus caractéristique est l'érythème migrant : une rougeur de la peau qui s'étend en cercle autour du point de piqûre, formant souvent une cible. Il apparaît dans 80-90% des cas et s'accompagne souvent de symptômes grippaux (fièvre, fatigue, courbatures, maux de tête). La présence de cet érythème suffit pour poser le diagnostic à ce stade. Le traitement évite le passage à la forme disséminée.

Cependant, cette rougeur peut passer inaperçue si elle est située dans une zone peu visible ou si elle n'a pas l'aspect typique.
Phase disséminée (quelques semaines à quelques mois après l'infection)
Dans un certain nombre de cas (environ 14%), en absence de traitement, la bactérie se propage dans l'organisme par le sang ou la lymphe, causant :
- Des rougeurs multiples sur la peau
- Des atteintes neurologiques (méningite, paralysie faciale, douleurs nerveuses)
- Rarement des problèmes cardiaques ou oculaires
- Des douleurs articulaires qui se déplacent
Ces manifestations apparaissent généralement dans les 6 mois suivant la piqûre. À ce stade, les symptômes sont variés et peuvent ressembler à d'autres maladies.
Phase tardive (plus de 6 mois après l'infection)
Rarement, la maladie peut évoluer vers des formes chroniques :
- L'arthrite de Lyme : inflammation persistante des grosses articulations (genou, cheville)
- L'acrodermatite chronique : lésion cutanée évolutive, surtout sur les jambes
- Des atteintes neurologiques durables
Le syndrome post-Lyme
Certains patients gardent des symptômes persistants même après traitement ou sans preuve d'infection active. On parle alors de "symptomatologie persistante polymorphe après possible piqûre de tique" (SPPT). Ces personnes souffrent de fatigue chronique, douleurs diffuses, troubles cognitifs, etc. Ce syndrome fait l'objet de débats médicaux. Dans la majorité des cas, d'autres pathologies expliquent ces symptômes, mais environ 10% des cas correspondent à une borréliose de Lyme non diagnostiquée initialement, et 10% restent sans explication définitive.
Les défis du diagnostic
Poser un diagnostic certain de borréliose de Lyme est parfois difficile, tant chez le chien que chez l'homme. Un diagnostic correct permet un traitement antibiotique approprié, tandis qu'un diagnostic erroné peut conduire à un traitement inutile et à négliger la vraie cause des symptômes.
Plusieurs facteurs compliquent le diagnostic :
- Les symptômes souvent peu spécifiques
- Les tests qui ne détectent pas l'infection immédiatement
- La possibilité de résultats faussement positifs ou négatifs
- La présence d'autres maladies transmises par les tiques
- La complexité des symptômes chroniques
Les tests de dépistage
Le diagnostic de laboratoire repose principalement sur la recherche d'anticorps contre la bactérie. Ces anticorps n'apparaissent que 3 à 5 semaines après l'infection, ce qui explique pourquoi les tests précoces peuvent être négatifs même si la personne ou l'animal est infecté.
Chez l'homme, on recommande un dépistage en deux étapes :
- Un premier test (ELISA)
- Si positif, un test de confirmation (Western blot)
Ce double contrôle permet d'éviter les faux positifs, qui peuvent survenir avec d'autres infections ou maladies auto-immunes.
Chez le chien, on dispose de tests rapides en clinique (comme le SNAP 4Dx®) qui détectent les anticorps anti-Borrelia, souvent en même temps que d'autres maladies transmises par les tiques.
Prudence dans l'interprétation
- Un résultat positif ne signifie pas toujours maladie active. De nombreux chiens et humains ont des anticorps contre Borrelia sans avoir de symptômes, simplement parce qu'ils ont été exposés à la bactérie dans le passé sans développer la maladie.
- Chez un chien en bonne santé avec un test positif, il n'est pas recommandé de traiter systématiquement. De même, chez l'homme, la présence d'anticorps sans signes cliniques évocateurs demande une investigation plus approfondie.
- Le diagnostic fiable repose sur l'association de signes cliniques compatibles et de tests biologiques positifs.
Autres méthodes de diagnostic
D'autres techniques existent mais sont moins utilisées en routine :
- La culture de la bactérie (longue et peu disponible)
- La PCR pour détecter l'ADN de Borrelia dans les tissus ou liquides biologiques
- Des tests spécialisés pour certaines formes (notamment neurologiques)
Ne pas oublier les autres maladies
Un autre défi est de ne pas attribuer à la borréliose de Lyme des symptômes qui pourraient être causés par d'autres pathologies.
Chez l'homme, il faut distinguer la borréliose de Lyme de nombreuses autres affections comme :
- Une simple réaction à la piqûre de tique
- Des maladies auto-immunes
- D'autres infections transmises par les tiques
Chez le chien, les co-infections sont fréquentes. Il est recommandé, lors d'un épisode de fièvre et boiterie, de rechercher plusieurs maladies à tiques et pas seulement la borréliose.
Le diagnostic doit éviter deux écueils :
- Ne pas diagnostiquer une vraie borréliose de Lyme (avec risque de complications)
- Diagnostiquer à tort une borréliose de Lyme quand les symptômes ont une autre cause
Sources
- Boulanger N., Même piqué par une tique infectée, vous n’attraperez pas forcément la maladie de Lyme, INRAe
- ESSCAP France, Module One Health : regards croisés sur la borréliose de Lyme
- Haute Autorité de Santé, Borréliose de Lyme : comment diagnostiquer & soigner
- Santé Publique France, Interprétation d'un test sérologique lors d'une suspicion de borréliose de LymeSanté Publique France, Interprétation d'un test sérologique lors d'une suspicion de borréliose de Lyme
