Traitement de l'environnement lors de dermatophytose (teigne) chez les animaux de compagnie

desinfection-teigne

Les dermatophytoses, souvent appelées teignes, sont des infections cutanées provoquées par des champignons. Elles sont très contagieuses, non seulement d'animal à animal, mais aussi de l'animal à l'homme. Les spores de ces champignons contaminent le milieu de vie de l'animal infecté, et sont une source de recontamination permanente.

Pour éviter les contaminations humaines et les recontaminations des animaux, il est indispensable de mettre en place un plan de gestion de l'environnement. L'auxiliaire vétérinaire a son rôle à jouer pour apporter tous les conseils nécessaires au propriétaire.

Les spores sont les "graines" des dermatophytes. Elles permettent la transmission de la teigne par contact, mais ne se multiplient pas dans l'environnement (en tout cas pour les champignons rencontrés en général chez le chien et le chat). Les spores ne survivent que  quelques mois dans l'environnement. Cependant il est nécessaire de pratiquer un traitement environnemental afin de minimiser le risque de transmission (zoonotique à l'homme et inter-animale) et les recontaminations qui peuvent faire croire à un échec de traitement.

Le protocole de prise en charge de l'environnement est différent en fonction du cadre de vie et du nombre d'animaux présents.

 

decontamination teigne chien chat

Les clefs du succès !

 

I. Cas de l'animal isolé (seul animal à la maison)

A. Protocole de désinfection de l'habitat

Principe fondamental : L'élimination mécanique, par le nettoyage et le passage quotidien de l'aspirateur, est une étape indispensable, et souvent suffisante pour gérer la contamination environnementale.

Protocole en trois étapes :

  1. Élimination mécanique : Retrait de tous les débris visibles par aspiration ou balayage. Attention, les balayures ou le sac d'aspirateur contiennent alors des spores, et il faut les détruire, si possible par incinération.
  2. Nettoyage : Lavage des surfaces exposées avec un détergent ménager jusqu'à ce qu'elles soient visuellement propres, puis rinçage pour éliminer les résidus de détergent.
  3. Désinfection : Application d'un désinfectant pour éliminer les spores résiduelles.

Désinfectants efficaces :

  • Eau de Javel : option probablement la meilleure selon les experts. Une concentration à 1/100 (1 volume de concentré standard pour 100 volumes d'eau) s'est montrée expérimentalement efficace contre les pores de dermatophytes.
  • Énilconazole : très efficace à une concentration de 20 μL/L, disponible en solution (sur prescription du vétérinaire).

Fréquence : La désinfection est réalisée une ou deux fois par semaine pendant la durée de traitement de l'animal, puis une ou deux fois par mois jusqu'à obtention de la guérison mycologique de l'animal infecté.

Les brumisateurs d'antimycosiques, en vente il y a quelques années, ne sont plus commercialisés.

B. Gestion des objets et accessoires

Objets à éliminer : Il est conseillé de jeter tout ce qui est « intraitable » comme des panières en bois ou en osier, des arbres à chat.

Objets à traiter : Il convient de lister tout ce qu'il faudra traiter, comme les gamelles et les litières.

Textiles et linge :

  • Le lavage en machine permet une décontamination de bonne qualité. Il ne faut pas surcharger la machine à laver afin d'assurer une agitation maximale pour déloger les poils porteurs de spores. Une température de lavage élevée (60°C) n'est pas nécessaire, l'action mécanique du brassage est le point le plus important.

Jouets et accessoires : N'oubliez pas de décontaminer les jouets ou "doudous" que les animaux trimballent partout avec les poils contaminés.

C. Mesures préventives spécifiques

Restriction d'accès : Il faut interdire l'accès aux animaux contaminés aux lits, aux canapés et fauteuils, et éviter de les porter dans les bras.

Confinement modéré : Bien qu'une quarantaine formelle ne soit pas toujours réalisable ou nécessaire pour un animal isolé, il est recommandé d'interdire son accès à certaines zones sensibles de la maison (comme les chambres).

D. Surveillance et contrôles

Après la décontamination initiale (nettoyage mécanique et nettoyage à l'eau de Javel une fois), il convient de surveiller l'animal et l'environnement. L'éducation des propriétaires est importante pour qu'ils comprennent l'importance des mesures à appliquer : le traitement médical prescrit par le vétérinaire ne remplace pas un  nettoyage physique de l'environnement, ils sont complémentaires.

Le jeu en vaut la chandelle : dans une étude rétrospective sur 70 foyers, 38 foyers ont été complètement décontaminés après un seul nettoyage après retrait ou guérison du chat contaminé, et la décontamination complète a été obtenue chez tous sauf un foyer après maximum trois nettoyages supplémentaires (Moriello - 2019).

II. Cas de plusieurs animaux dans le foyer

A. Stratégies d'isolement et de quarantaine

Lorsque plusieurs animaux cohabitent dans un même foyer, le risque de contamination inter-animale et la charge en spores dans l'environnement sont potentiellement plus élevés.

Isolement des animaux infectés : La gestion de plusieurs animaux peut nécessiter des mesures d'isolement pour éviter la propagation des spores entre animaux. Dans la mesure du possible, on évitera les contacts entre l'animal infecté et les autres animaux, et on gardera le malade confiné à un espace restreint le temps de la guérison mycologique.

B. Protocoles de désinfection adaptés

Les principes de désinfection sont similaires à ceux appliqués pour un animal isolé, mais la tâche peut être plus ardue en raison de la présence accrue de poils contaminés, notamment chez les chats. Le nettoyage doit concerner toutes les zones fréquentées par les animaux, atteints ou pas. En effet, les animaux sains ont pu transporter des spores dans tous les endroits où ils sont allés.

C. Gestion différentielle des animaux atteints et sains

Recherche de porteurs asymptomatiques : Une surveillance attentive de tous les animaux est nécessaire, y compris la recherche de porteurs asymptomatiques. Le vétérinaire pourra proposer de tester même les animaux ne présentant pas de lésions cutanées afin de savoir s'ils sont porteurs.

III. Cas des élevages

A. Protocoles de biosécurité renforcés

La gestion de la dermatophytose en contexte d'élevage présente des défis particuliers en raison de la densité animale, de la rotation potentielle des animaux et de l'étendue des locaux. Le portage asymptomatique peut être important dans ces contextes. La prévalence peut être très élevée (par exemple, chez les cochons d'Inde, jusqu'à 60% dans certaines études, voire plus dans des animaleries ou refuges).

Désinfection rigoureuse : La désinfection doit être particulièrement rigoureuse et méthodique dans un élevage. Il faut identifier précisément toutes les zones fréquentées par les animaux.

B. Gestion des espaces collectifs

Nettoyage mécanique indispensable : Le nettoyage mécanique est une étape initiale indispensable (aspiration, balayage, lavage).

Désinfectants sporicides : Il est essentiel de répéter régulièrement l'application des désinfectants.

Objets et surfaces : Tous les objets en contact avec les animaux doivent être traités ou jetés. Cela inclut les litières, gamelles, jouets, couvertures, etc. Les objets impossibles à traiter (matériaux poreux, structures complexes comme certains arbres à chat) doivent être écartés.

C. Mesures de quarantaine et d'isolement à grande échelle

Isolement strict : L'isolement strict des animaux infectés et la mise en quarantaine des nouveaux arrivants sont des mesures essentielles dans un élevage pour contrôler la propagation de la dermatophytose.

Gestion des zones d'isolement : L'environnement des zones d'isolement et de quarantaine doit être géré de manière particulièrement rigoureuse pour éviter la contamination du reste de l'élevage.

D. Surveillance épidémiologique et prévention

Surveillance active : Dans un contexte d'élevage, une surveillance épidémiologique active est nécessaire pour identifier rapidement les cas et les porteurs.

Procédures d'introduction : L'introduction d'animaux dans ces structures nécessite des procédures de quarantaine, bien que les contraintes de place dans les refuges rendent cela souvent difficile.

Dépistage systématique : Dans les élevages contaminés, il est indispensable d'identifier les animaux porteurs, idéalement avec une culture fongique, avant leur placement, même si les coûts peuvent être élevés. Il en va de la responsabilité de l'éleveur vis-à-vis du futur propriétaire.

Arrêt temporaire : Si nécessaire, en cas de forte contamination, l'éleveur peut être amené à arrêter l'élevage le temps de maîtriser l'infection.

A retenir

Le traitement de l'environnement est une composante fondamentale de la gestion de la dermatophytose chez les animaux de compagnie, agissant en synergie avec les traitements systémiques et topiques. Les mesures clés incluent un nettoyage mécanique approfondi (notamment l'aspirateur) et le lavage des textiles en machine. L'utilisation systématique de désinfectants sporicides ou de vapeur d'eau sous pression sera réservé aux substrats potentiellement les plus contaminés, comme les moquettes.

Sources

  • J. Guillot, La teigne chez les animaux de compagnie, Abstract Vet n°115, 20-24
  • ESCCAP France, Module One Health Médecins-Vétérinaires : regards croisés sur les dermatophytoses, 2023
  • Moriello (KA), Coyner (K), Paterson (S), Mignon (B), Diagnosis and treatment of dermatophytosis in dogs and cats. Clinical Consensus Guidelines of the World Association for Veterinary Dermatology, Vet Dermatol 2017; 28: 266–e68
  • Moriello (KA), Decontamination of 70 foster family homes exposed to Microsporum canis infected cats: a retrospective study, Vet Dermatol 2019; 30: 178–e55