🔮 Quand les pros de la communication animale ne savent pas faire la différence entre les morts et les vivants

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La communication animale intuitive est à la mode sur les réseaux sociaux. Il s'agit d'une pratique qui, d'après ses adeptes, permettrait un échange d'information à distance avec un animal via des canaux paranormaux. La télépathie entre humains n'a jamais pu être démontrée malgré de très nombreuses tentatives. C'est encore moins le cas pour une communication à distance entre un humain et un animal, les rares études un peu approfondies publiées sur le sujet souffrant toutes de biais méthodologiques.

C'est pourquoi une équipe de l'Université de Grenoble a mené une étude exemplaire, comparant dans un cadre rigoureux les résultats obtenus par des personnes se présentant comme "communicants" et par des personnes ne revendiquant aucune capacité particulière. Et les résultats sont édifiants...

Référence de cet article : Monvoisin (R), Piau (D), Paucsik (M), Demazure (G), Legavre (B), Straight from the horse’s mouth? A literature review and a randomized controlled trial of intuitive animal communication. 2024. ⟨hal-04835072v2⟩

L'étude est disponible en téléchargement ici (en anglais).

 

Préalable : cette publication porte sur la communication animale intuitive à distance, et non sur les informations qu'un humain et un animal peuvent échanger de manière non-verbale quand ils sont en présence l'un de l'autre.

Nous qui vivons en contact quotidien avec les animaux n'avons pas besoin de revendiquer des pouvoirs surnaturels pour nous permettre d'évaluer le ressenti d'un animal que nous manipulons 😉.

Principe de l'étude

Il était simple et clair : plusieurs séries de 10 photos de chiens, chats et chevaux étaient soumises aux testeurs, qui devaient simplement dire si l'animal était mort ou vivant au moment du test. 

Afin d'éviter tout biais d'influence, l'expérimentation a été menée en double-aveugle : non seulement les participants ne connaissaient pas le statut des animaux dont la photo leur était présentée, mais les photos étaient proposées aléatoirement par un logiciel, si bien que les chercheurs n'intervenaient pas sur le choix des images.

Ont participé à cette étude 340 "communicants" (dont 77 professionnels) et 1 986 non-communicants (groupe des témoins). Les communicants avaient été informés du protocole et l'avaient accepté, sous réserve que sur les photos, l'animal soit seul, centré et que ses yeux soient visibles, ce qui a été respecté.

Résultats

Sur une question aussi peu ambiguë (l'animal est-il mort ou vivant au moment où vous regardez la photo ?), une réponse au hasard donne une chance sur deux de ne pas se tromper. Le taux de succès attendu est donc de l'ordre de 50 %.

Attention,  il faut y inclure les fluctuations liées justement au hasard (on peut se tromper pile-poil 5 fois sur 10, mais aussi 4 ou 6 fois sur 10, voire encore plus ou moins, c'est le principe du hasard). C'est comme quand vous tirez à pile ou face : vous avez une chance sur deux de tirer pile (P) ou de tirer face (F), mais en faisant 10 tirages successifs, vous n'aurez que très rarement un résultat régulier du type P-F-P-F-P-F-P-F-P-F. Le nombre de P et le nombre de F n'ont tendance à s'égaliser qu'après un grand nombre de tirage.

C'est pourquoi l'expérimentation était basée sur un grand nombre de tests, et que les résultats ont ensuite été analysés statistiquement, le but étant de voir si les résultats s'écartent significativement du hasard, et s'il y a une différence de résultats entre les communicants et les non-communicants.

Un total de 2 326 réponses complètes ont pu être analysées. Les résultats globaux de réussite ont été respectivement de 54.8 % pour les chiens, 49.2 % pour les chats et 48.2 % pour les chevaux, des chiffres très proches du hasard, aussi bien pour les communicants que pour les témoins.

En comparant les résultats des communicants et des témoins, il n'est apparu aucune différence significative : les communicants ne faisaient pas mieux que les témoins.

Les résultats sont représentés dans le graphique ci-dessous. La diférence entre les communicants et les témoins est si petite que les colonnes semblent identiques pour chaque groupe.

stats communication animale

 

Discussion

🎲Les résultats sont sans appel : les communicants ne font pas mieux que le hasard. De plus, malgré leur revendication de pouvoirs particuliers, les communicants, même professionnels, ont fait un score identique à celui des volontaires n'ayant jamais pratiqué la communication animale intuitive et ne revendiquant aucune capacité particulière.

Rappelons que cette étude a été menée dans des conditions proches de la pratique réelle (communication sur photo) et que le protocole avait été accepté par tous les participants. Ce qui n'a pas empêché certains communicants de tenter d'expliquer après coup leur échec par l'argument qu'un animal décédé pourrait ne pas avoir conscience de son état de mort, ou que l'âme d'un animal mort communiquerait de la même façon que celle d'un animal vivant (sic - ce qui implique pour les croyants qu'un animal pourrait transmettre par une photo ses états d'âme, le lieu où il se trouve, son état de santé, mais pas s'il est mort ou vivant. Comment dire...).

D'après les auteurs, les résultats légèrement supérieurs (mais non significatifs) obtenus par tous les participants en ce qui concerne les chiens (en fait pour les chiens, ce sont les non-communicants qui on fait le meilleur score, mais sans différence significative) sont probablement liés à certaines photos dont la qualité ou le décor pouvaient donner des indices temporels. La notion de races à la mode a pu également avoir eu une incidence.

La conclusion des auteurs est que la communication animale intuitive est une pratique illusoire, mais qui représente des risques financiers pour les propriétaires (prestations payantes) et des risques sanitaires pour les animaux.

En effet, certains "communicants" n'hésitent pas à porter des diagnostics et à conseiller des traitements basés sur des pseudo-médecines, retardant, voire empêchant l'accès à des soins ayant fait preuve de leur efficacité. Une telle pratique les expose d'ailleurs à être poursuivis pour exercice illégal de la médecine vétérinaire.