Consultation de dermatologie : les conseils à donner avant et après
Une consultation de dermatologie réussie commence avant l'entrée du propriétaire dans la salle d'examen. En effet, un simple shampoing la veille peut masquer les lésions, un traitement local récent fausser les prélèvements, un nettoyage des oreilles intempestif empêcher tout diagnostic, un historique mal préparé compliquer la démarche de diagnostic différentiel.
Voici un ensemble de clés pour préparer efficacement la consultation dermatologique avec le propriétaire, afin d'optimiser la prise en charge et le suivi de l'animal.
Avant la consultation
Demander de préparer un historique de la maladie
En dermatologie, l'évolution des lésions cutanées est un élément fondamental pour le diagnostic. Il est préférable de demander au propriétaire de préparer, si possible, un historique détaillé.
- Quand sont apparus les premiers symptômes ? Par quoi ça a commencé ? D'abord du grattage puis des lésions, ou plutôt l'inverse ? Si c'est ancien, est-ce que c'est plus marqué certaines périodes de l'année ?
- Demander au propriétaire s'il a pris des photos, et à quelles dates elles ont été prises, ou, si la consultation n'est pas pour tout de suite, lui demander de prendre des photos. Bien sûr, pour être exploitables, il faut des images de bonne qualité, mais les smartphones avec leur réglage automatique rend la tâche plus facile 😉.
- Est-ce que d'autres symptômes non dermatologiques accompagnent la dermatose ? Signes digestifs, comportementaux, autres ?
- Est-ce que l'animal a déjà consulté pour ce problème ? Si oui, et surtout si le suivi a été effectué dans un autre établissement, insister sur l'importance d'amener le dossier médical complet de l'animal, et tout particulièrement l'ensemble des résultats des examens et analyses précédents.
Demander de préparer un mémo sur l'animal
Faire préparer une fiche avant la consultation pour recueillir des informations sur le mode de vie de l'animal et son environnement pourra permettre de gagner du temps et de l'efficacité, et d'éviter au propriétaire certaines omissions volontaires ou involontaires.
- L'animal a-t-il accès à l'extérieur ? Vit-il à la ville ou à la campagne ?
- L'animal a-t-il voyagé ? Attention, certaines maladies comme la leishmaniose peuvent donner des signes cliniques plusieurs années après une contamination survenue lors d'un déplacement !
- Est-il régulièrement traité contre les parasites, et si oui avec quoi et tous les combiens ?
- Demander à préparer une liste de tous les produits qui ont été administrés localement ou par voie générale à l'animal les dernières semaines.
- Y a-t-il d'autres animaux à la maison, et sont-ils aussi régulièrement traités contre les parasites, et avec quoi ? Les autres animaux ont-ils également des problèmes de santé ?
- Faire préparer la liste de tous les aliments distribués : régime ménager, pâtées, croquettes, restes de table, friandises. Insister sur l'importance de ne pas oublier les à-côtés, et demander au propriétaire de prendre une photo de la composition des croquettes et/ou des boîtes si elles ne sont pas référencées à la clinique.
Les choses à ne pas faire avant la consultation dermatologique
Ça peut être difficile à entendre par le propriétaire, mais pour que la consultation dermatologique puisse être productive, il ne faut pas chercher à soulager l'animal avant de l'avoir montré au vétérinaire. En effet, cela peut entraîner des modifications des lésions et empêcher le diagnostic.
- Ne pas brosser à proximité des lésions, ne pas couper les poils, ne pas tondre. Cela pourra être fait après la consultation si le vétérinaire l'autorise, mais pas avant. Cela risquerait de modifier l'aspect des lésions, d'empêcher certains prélèvements, et même de favoriser l'extension de la maladie ainsi que la contamination de l'environnement, des propriétaires et des autres animaux du foyer.
- Ne pas nettoyer les oreilles, même si la maladie ne semble pas à première vue concerner celles-ci.
- Aucun traitement local avant la consultation : pas d'antiparasitaires, pas de shampooings, pas de lotions, pas de crèmes ou gels sur les lésions.
- Aucun traitement général non plus : il faut arrêter toute prise de compléments alimentaires ou autres "médicaments" censés soulager l'animal.
- ☝️❗ Exception : si l'animal est déjà suivi par un vétérinaire pour ses problèmes de peau, le traitement prescrit que ce soit par voie locale ou générale ne doit en aucun cas être arrêté.
Et si vous proposiez un formulaire ?
Pour que la tâche soit plus simple pour vous et pour le propriétaire, vous pouvez proposer un formulaire papier ou en ligne, à remplir à la maison avant la consultation.
Vous trouverez ici une proposition de formulaire en ligne.
Après la consultation
Recommandations générales
Bien sûr, la première des recommandations après consultation est le respect de la prescription du vétérinaire.
- Respect des traitements par voie générale. L'administration d'un médicament à un animal n'est pas toujours une partie de plaisir, mais sans elle, il n'y aura pas guérison. Il faut donc respecter les doses et les horaires de prise. Prenez le temps de bien expliquer au propriétaire ce qu'il faut donner (des notions comme trois quarts de comprimé peuvent être complexes pour certaines personnes) et comment le donner (dans l'eau, dans l'aliment, avec un lance-comprimé...). Rappellez également que si on oublie une prise, on ne donne pas double dose à la suivante.
- Respect des traitements locaux. Ce sont souvent des shampooings traitants à renouveler fréquemment, et ce n'est pas simple pour beaucoup de clients. Donnez vos trucs et astuces pour laver et rincer un animal sans transformer la salle de bain en piscine olympique. S'il apparaît que le propriétaire ne pourra pas faire correctement le traitement, dirigez-le vers un toiletteur, ou faites-le revenir à la clinique si celle-ci assure ce service de soins.
- Rappeler l'importance du suivi. Rater une étape du suivi pendant le traitement a souvent pour conséquence de repartir de zéro à la prochaine consultation : désespérant pour le client et pour le vétérinaire. Proposez, si vous en avez les moyens, un rappel par mail ou par SMS des prochains rendez-vous.
- Si le vétérinaire juge que cela a un intérêt, le client peut aussi faire un suivi photographique des lésions, ce qui lui permettra de revenir à la prochaine consultation avec des photos datées. Dans un certain nombre de cas, montrer comment faire une photo correcte d'une lésion cutanée avec son smartphone ne sera pas de trop. Conseille d'utiliser un objet pour contrôler l'évolution de la taille des lésions (mettre un doigt - le même au fil du temps - sur la photo à côté des lésions, ou une pièce de monnaie)
Recommandations spécifiques en fonction du diagnostic
- En cas de dermatite prurigineuse, le vétérinaire pourra demander au client de remplir régulièrement une échelle d'évaluation du prurit. Votre rôle à la sortie de consultation sera de bien réexpliquer son fonctionnement. Le propriétaire peut penser avoir compris les explications du vétérinaire, mais il est toujours bénéfique de les renouveler pour éviter tout malentendu. Voir un exemple d'échelle d'évaluation du prurit ici.
- En cas de risque de contamination humaine et animale, rappellez toutes les précautions à prendre pour éviter la contagion : porter des gants pour manipuler l'animal, éviter les contacts avec les autres animaux et/ou humains, ne pas partager le matériel de toilettage, le garder dans une pièce isolée si nécessaire... En cas de teigne, maladie transmissible à l'Homme et autres animaux, rappellez les règles de base de préservation de l'environnement, à voir ici.
- Suspicion d'allergie alimentaire : dans ce cas, un régime d'éviction a peut-être été mis en place. Insistez sur le respect des consignes : l'aliment prescrit et absolument rien d'autre, pendant 6 à 8 semaines minimum. Sensibilisez le propriétaire au fait que donner un à-côté même une seule fois pendant ces 8 semaines obligera à reprendre depuis le début. Il en va de même en cas de prescription d'aliment hypoallergénique : tout écart alimentaire peut faire croire à un échec et amener abusivement à remettre en cause le diagnostic. Et s'il y a plusieurs animaux, pensez à conseiller la séparation au moment de la distribution de nourriture !
Aller plus loin...
La prescription du vétérinaire, c'est bien, une bonne réexplication par l'ASV c'est encore mieux. Mais malheureusement, les clients ne sont pas des spécialistes du soin animal, et les bons conseils sont vite oubliés.
C'est pourquoi il est préférable de préparer des supports papier à distribuer en plus de ce qui a pu être dit à la clinique. Ces supports reprendront les conseils pour le respect de la prescription, du régime alimentaire prescrit, les protocoles pour donner un médicament ou réaliser un shampooing. Ils seront le garant du devoir d'information que vous devez au client et de votre professionnalisme.
