Si aujourd'hui 40 % des chiennes sont stérilisées 1, c'est parce que cette intervention présente de nombreux avantages, connus depuis longtemps.
Avantages de la stérilisation chirugicale
- Elle augmente statistiquement l'espérance de vie 2.
- Elle évite les comportements liés au cycle sexuel : manifestations de chaleurs, pertes sanguines, recherche d'un mâle, fugue... C'est souvent la première motivation des propriétaires. Ces comportements pouvant exposer à des accidents, leur prévention est aussi considérée comme un facteur d'allongement de l'espérance de vie.
- Bien sûr, elle empêche les portées non désirées et permet le contrôle des naissances.
- Elle est définitive (ce qui peut être aussi considéré comme un inconvénient).
- Elle supprime le risque de maladies utérines, dont pyomètre et de dégénérescence glandulokystique. Le taux de pyomètre chez les chiennes entières est de l'ordre de 20 %, avec un risque de mortalité de 3 % 1.
- Elle diviserait le risque de tumeurs mammaires par 3 ou 4 si la stérilisation est effectuée avant l'âge de un an, même si ce chiffre est actuellement discuté 3. (Il pourrait être plus faible.) Pour mémoire, les tumeurs mammaires sont les tumeurs les plus souvent diagnostiquées chez les chiennes non stérilisées, avec une fréquence allant de 8,4 à 52 % suivant les études (une variabilité liée entre autres à la race), et une tumeur sur deux est maligne 3.
Ce tableau favorable ne doit pas cacher les risques de cette intervention pour la santé de l'animal, dont certains sont connus depuis longtemps, et d'autres n'ont été découverts que très récemment.
Risques liés à la stérilisation chirurgicale
Les risques bien connus
- Risque anesthésique : il existe comme pour toute intervention chirugicale, sans être majoré dans ce cadre.
- Obésité : c'est le risque le plus important, car la stérilisation augmente l'appétit tout en diminuant les besoins énergétiques. Il faut donc bien prévenir le propriétaire qu'une surveillance du poids et une adaptation du régime alimentaire et de l'exercice seront nécessaires.
- Incontinence urinaire : la stérilisation augmente le risque d'incontinence urinaire, sa fréquence étant de 0.6 % chez les chiennes entières à 1.8 % chez les chiennes stérilisées 4. Il y a une grande variabilité liée à la race. L'incontinence urinaire après stérilisation apparaît dans moins de 10 % des cas chez les chiennes de moins de 20 kg, entre 25 et 30 % chez les chiennes de plus de 20 kg, et jusqu'à 65 % chez le Boxer. Les races prédisposées connues sont le Berger Allemand, le Dalmatien, le Bearded Collie, le Colley, le Boxer, le Rottweiler, le Doberman, le Bobtail, le Springer Spaniel, le Braque de Weimar et le Setter Irlandais 3.
Les risques récemment identifiés
- Risque de pathologie articulaire : les études publiées se sont penchées sur les dysplasies de la hanche et du coude, et la rupture des ligaments croisés. Elles montrent un effet favorisant lié à l'âge et à la race, sans que ce soit encore bien clair. Globalement, l'augmentation du risque serait modérée (multiplié par 2.29), et serait surtout majorée pour les stérilisations pratiquées avant l'âge de un an. Ce risque est bien sûr à prendre en compte surtout chez les chiennes de races prédisposées 3,5.
- Pathologie tumorale : les métaétudes montrent une augmentation de la prévalence de certaines tumeurs chez la chienne stérilisée, et ce indépendamment de l'âge. Cette augmentation n'est donc pas liée à l'augmentation de la durée de vie. Les tumeurs concernées sont les hémangiosarcomes, les carcinomes transitionnels de la vessie, les ostéosarcomes, les lymphosarcomes et les mastocytomes 2,4.
- Pathologie dysimmunitaire : il semble que la stérilisation de la chienne augmente les risques de certaines maladies liées à un trouble immunitaire, comme l'hypothyroïdie autoimmune, le lupus érythémateux, la dermatite atopique ou encore les thrombocytopénies auto-immunes 3. Des études complémentaires sont nécessaires pour évaluer l'incidence réelle de la stérilisation sur ces maladies 4.
Que faut-il penser de ces nouveaux risques ?
Les nouveaux risques mis en évidence par les métaétudes concernent des maladies graves, voire très graves. Mais s'il a fallu attendre la publication de ces métaétudes pour en prendre conscience, c'est qu'il s'agit de maladies globalement rares.
Prenons l'exemple de l'ostéosarcome (tumeur des os).
Dire : "Il ne faut pas stériliser votre chienne, car elle risque d'avoir un cancer des os" n'a pas de sens. La décision opératoire repose sur une analyse plus fine des risques.
En effet, la prévalence des ostéosarcomes est de 0.01% dans la population canine générale 7. Celle des tumeurs mammaires est actuellement estimée entre 10 à 50 % chez les chiennes non stérilisées.
Si la stérilisation multiplie le risque d'ostéosarcome par 2 3 et divise le risque de tumeur mammaire par 4, l'avantage reste à la stérilisation.
En réalité, ce n'est pas si simple. Il est indispensable de prendre en compte la race. Si la chienne est de race Irish Wolfhound, chez laquelle la prévalence de l'ostéosarcome est de plus de 8 % 4, il est préférable de s'abstenir d'opérer, d'autant que le pronostic d'un ostéosarcome est en général plus sombre que celui d'une tumeur mammaire.
Note : les races identifiées comme les plus à risque d'ostéosarcome sont actuellement le Rottweiler, le Lévrier Irlandais, le Saint-Bernard, le Dogue Allemand, le Rhodesian Ridgeback, le Leonberger, l'Irish Wolfhound et le Doberman. Il ne semble pas que la stérilisation augmente le risque d'ostéosarcome chez le Berger Allemand 3.
La solution : recommander la consultation de préstérilisation
Cette consultation, recommandée par le Groupe d'Etude en Reproduction, Elevage et Sélection (GERES) de l'AFVAC 4, permet au vétérinaire de discuter avec le propriétaire de l'opportunité de stériliser sa chienne ou non, de l'informer des avantages et risques de l'intervention, et de rechercher les contre-indications possibles. On distingue les contre-indications absolues, qui rendent l'intervention clairement non souhaitable, et les contre-indications temporaires, qu'il sera nécessaire de prendre en charge avant la chirurgie.
Contre-indications absolues
- Existence d'un risque anesthésique majeur (animal cardiaque, souffrant d'une autre maladie...)
- Existence avant l'intervention d'une incontinence urinaire.
Contre-indications temporaires
- Animal impubère : il est préférable d'éviter la stérilisation trop précoce, et d'intervenir après les premières chaleurs, afin de laisser la croissance se terminer et éviter les problèmes de vulve encapuchonnée.
- Chienne impubère présentant une vaginite.
- Chienne en proœstrus ou en œstrus (chaleurs), car l'appareil génital est plus irrigué, même s'il n'est pas démontré que cela augmente le risque chirurgical.
- Chienne en diœstrus (la péridoe de 2 à 3 mois suivant les chaleurs), car le risque de lactation de pseudogestation. postchirurgical est augmenté.
- Pas en même temps qu'une césarienne si possible, car le risque chirurgical est augmenté.
- Animal en surpoids. Le problème de surpoids devra être maîtrisé avant l'intervention.
- Animal en lactation de pseudogestation, car la stérilisation augmente le temps de lactation, et le traitement de la lactation de pseudogestation donne de moins bons résultats chez la chienne stérilisée que chez la chienne entière.
- Chienne en état de gestation avancée, car il y a augmentation du risque chirurgical.
- Existence de troubles du comportement : syndrome de privation, problème d'imprégnation, sociopathies, aggressivité non lié aux chaleurs ou à une lactation de pseudogestation... En effet, les hormones sexuelles interviennent dans la plasticité neuronale, et la stérilisation rendra plus difficile le traitement du problème psychiatrique.
Conclusion
Les impacts positifs et négatifs de la stérilisation chirurgicale de la chienne ne sont pas les mêmes pour tous les individus, et dépendent de l'âge et de la race. De plus, l'incidence des impacts négatifs n'est pas encore bien connue pour un grand nombre de races.
La décision chirurgicale de cette intervention de convenance appartient au propriétaire, après examen clinique de l'animal et information par le vétérinaire des avantages et inconvénients.
L'avenir est dans l'exploitation de grandes masses de données, ce que l'intelligence artificielle permet aujourd'hui, qui permettra de construire des guides décisionnels prenant en compte les données propres à l'animal. Un premier travail dans ce sens, imparfait mais qui a le mérite d'exister, a été publié par Hart et col 8.
- Panizo (M), Stérilisation de la chienne, les recommandations 2024, La Semaine Vétérinaire n° 2040, 2024.
- Hoffman (JM), Creevy (KE), Promislow (DEL), Reproductive Capability Is Associated with Lifespan and Cause of Death in Companion Dogs, PlosONe 2013, https://journals.plos.org/plosone/article?id=10.1371/journal.pone.0061082
- Romagnoli (S) et col., WSAVA guidelines for the control of reproduction in dogs and cats, Journal of Small Animal Practice, 2024, 65, https://onlinelibrary.wiley.com/doi/epdf/10.1111/jsap.13724
- Chastant-Maillard (S), Stérilisation chirurgicale dans l'espèce canine : consensus proposé par le GERES et les ENV, AFVAC le Congrès Bordeaux 2021.
- Niewiadomska (Z), Facteurs de risque : la stérilisation, où en est-on ? AFVAC le Congrès Lille 2023.
- Low (D) et col., The association between gonadectomy and timing of gonadectomy, and the risk of canine cranial cruciate ligament disease: A systematic review and meta-analysis, Veterinary Surgery, 2025, 54, 254–267.
- Cortadellas (O), Ostéosarcome chez le chien : diagnostic et options de traitement, https://vetsandclinics.com/fr/osteosarcome-chez-le-chien-diagnostic-et-options-de-traitement
- Hart (BL) and col., Assisting Decision-Making on Age of Neutering for 35 Breeds of Dogs: Associated Joint Disorders, Cancers, and Urinary Incontinence, Front. Vet. Sci.2020, 7, https://www.frontiersin.org/journals/veterinary-science/articles/10.3389/fvets.2020.00388/full














