La leptospirose, une maladie grave pour l'Homme et pour le chien
Plus d'un million de cas humains sont recensés dans le monde tous les ans, avec un taux de mortalité de 6 %. La France est concernée, avec plus de 600 cas par an, un chiffre en nette augmentation sur les 10 dernières années. C'est d'ailleurs maintenant une maladie à déclaration obligatoire en médecine humaine.
Sources de contamination
De nombreuses espèces de mammifères peuvent être porteurs de leptospires, et être source de contamination pour les autres animaux et pour l'Homme. Cependant, la source principale de bactéries est l'urine des rongeurs, considérés comme le principal réservoir de la maladie. Ainsi, au niveau mondial, 30% de la population de Rattus norvegicus, le surmulot, est contaminée !
L'urbanisation croissante, accompagnée de la présence de rongeurs réservoirs en ville, facilite l'extension de la maladie, qui n'est plus limitée aux environnements campagnards chauds et humides.
La contamination par morsure de rat infecté est aussi possible, mais plus rare.
La leptospirose est présente partout en France métropolitaine, et encore plus dans les départements d'Outre-mer, dans lesquels des pics épidémiques surviennent pendant la saison des pluies et lors des ouragans.
Voies de contamination
La contamination se fait par l'environnement : contact avec des eaux douces contaminées, avec de l'urine d'un animal infecté ou du sol contaminé par ces urines. Les leptospires, qui peuvent survivre plusieurs mois dans un environnement favorable, pénètrent à travers la peau et les muqueuses, puis disséminent rapidement dans l'organisme via la circulation sanguine.

Roy Egloff, CC BY-SA 4.0 <https://creativecommons.org/licenses/by-sa/4.0>, via Wikimedia Commons
Le comportement de chasse des chiens, et leur attirance pour les bains "nature" sont des facteurs favorisants.
Chez l'Homme, les activités de loisirs aquatiques, baignade en eau douce, canoë-kayak, ou encore la chasse peuvent être des occasions de contamination, ainsi que les épisodes d'inondation. Certains métiers sont plus particulièrement exposés : égoutiers, pisciculteurs, gardes-chasse, personnels d'abattoir, agriculteurs en milieu humide (canne à sucre, riz), et bien sûr personnels soignants vétérinaires .

D'après Nau, L.H., Emirhar, D., Obiegala, A. et al., licence Creative Commons Attribution 4.0 International.
Signes cliniques
Puisque la bactérie se répand dans l'organisme via la circulation sanguine, elle peut atteindre de nombreux organes, principalement les reins, le foie et les poumons, mais aussi parfois le système nerveux.
Chez l'Homme, la leptospirose se manifeste initialement comme un syndrome pseudo-grippal (fièvre, fatigue, courbatures). L'évolution peut ensuite conduire à des formes graves, avec insuffisance rénale, atteinte hépatique et hémorragies, dont le syndrome d'hémorragie pulmonaire leptospirosique (LPHS). La maladie est parfois mortelle.
Les manifestations cliniques chez le chien vont d'une forme subclinique (absence de signes de maladie) à une atteinte multi-organique fatale. Les atteintes les plus fréquentes sont rénales (néphrite tubulo-interstitielle aiguë) et hépatique (hépatopathie cholestatique), mais le syndrome hémorragique pulmonaire leptospirosique (LPHS) existe aussi chez le chien, avec une mortalité pouvant atteindre 70% malgré les traitements.
La vaccination des chiens : pas si simple
La diversité des leptospires
Le principal obstacle rendant la vaccination contre la leptospirose difficile est la grande diversité des leptospires. Il existe plus de 250 sérovars différents, c'est-à-dire plus de 250 variations antigéniques de la bactérie, regroupés en 25 sérogroupes. Or pour qu'un vaccin soit totalement efficace, il faudrait qu'il contienne les antigènes permettant de synthétiser les anticorps contre chacun de ces 25 sérogroupes ! Et s'il existe plusieurs espèces de leptospires bien identifiées, il s'avère qu'au sein d'une même espèce, les bactéries n'appartiennent pas obligatoirement au même sérogroupe. On ne peut donc pas se baser uniquement sur les différentes espèces de leptospires pour élaborer des vaccins très efficaces.
Des populations de leptospires en perpétuelle évolution
L'épidémiologie de la leptospirose ne cesse d'évoluer. Si historiquement les sérogroupes Icterohaemorrhagiae et Canicola dominaient, justifiant les premiers vaccins bivalents, le tableau s'est considérablement complexifié. Les études récentes révèlent l'émergence significative d'autres sérogroupes, notamment Australis en France et Grippotyphosa dans diverses régions.
Implications sur la vaccination : les vaccins L4
Il apparaît aujourd'hui que les vaccins canins ne contenant que deux sérogroupes de leptospires n'ont plus aucun intérêt aujourd'hui. Ils ne permettent pas de développer une immunité significative et peuvent laisser croire abusivement au propriétaire que l'animal est protégé.
C'est pourquoi il a été développé récemment des vaccins quadrivalents (vaccins L4), contenant les antigènes de 4 sérogroupes de leptospires, permettant d'élargir la couverture immunitaire. Ces vaccins permettent prévenir la maladie clinique et diminuer l'excrétion des leptospires, même s'ils ne permettent pas d'induire une protection à 100%.
Les effets secondaires
Les vaccins L4 font l'objet de polémiques et certains propriétaires et éleveurs sont réticents, voire franchement opposés, à leur utilisation. Cependant, s'il est vrai que les effets secondaires des L4 sont plus fréquents que ceux induits pas les anciens vaccins, ils restent en général bénins (réaction locale au point d'injection, parfois état fébrile passager) et rares (incidence 0.069%, réactions locales bénignes plus fréquentes pour les vaccins adjuvés). Les réactions d'hypersensibilité majeure sont exceptionnelles. Elles peuvent avoir des conséquences graves, mais sont de bon pronostic si la prise en charge est précoce.
La balance bénéfice-risque est favorable à la vaccination
Même si les vaccins contre la leptospirose peuvent occasionner des effets secondaires, le rapport bénéfice-risque reste nettement favorable en faveur de la vaccination des chiens.
- La leptospirose est une maladie grave, parfois mortelle.
- La contamination est possible partout en France.
- Les chiens malades représentent un danger pour la santé humaine.
Vacciner les chiens contre la leptospirose, c'est non seulement protéger son animal de compagnie, mais aussi protéger sa famille...
Sources
- Sykes (JE), Francey (T), Schuller (S), Stoddard (RA), Cowgill (LD), Moore (GE), Updated ACVIM consensus statement on leptospirosis in dogs, J Vet Intern Med. 2023, 37, 1966-1982.
- Lohezic (J), Fresnay (E), Begon (E), Rougier (S), Boullier (S), Laurentie (S), Effets indésirables graves des vaccins chez le chien : étude rétrospective. https://www.anses.fr/
- Hidalgo Friaza (M), Barthélemy (A), Savoie (P), Freyburger (L), Hugonnard (M), Vaccination contre la leptospirose canine en France : enquête sur les pratiques vétérinaires et leurs motivations, Rev Vét Clin. 2023, 58, 1-11.
- Museux (K), Boucraut (C), Delattre (D), Picardeau (M), Bourhy (P), La leptospirose canine : étude génomique sur 127 cas en France,AFVAC le Congrès Lyon 2024.